Ruptures contrats d'apprentissage

La chambre Régionale de Métiers et de l'Artisanat développe une politique offensive de lutte contre les ruptures de contrats d'apprentissage. Compte tenu de l'importance de ce phénomène, elle a souhaité mettre en œuvre une étude plus approfondie que ce qui avait pu être engagé jusqu'ici par différentes structures. Cette recherche «Rupture de contrat d'apprentissage. Rapport au savoir et à l'apprendre des apprentis de niveau V » a été réalisée par le laboratoire Psychologie du Développement et Processus de Socialisation (PDPS - EA 1687) de l'Université Toulouse 2 (Convention CRMA - Université Toulouse 2 - Laboratoire PDPS 96213022407) et co financée par le Conseil Régional Midi-Pyrénées.

Cette enquête a ainsi permis de :


  • Dresser un état des lieux de la recherche sur le domaine et ainsi bénéficier des avancées de la recherche au-delà de nos constatations et de nos pratiques empiriques
  • Obtenir un regard croisé sur les différentes problématiques en jeux ( l'adolescence, la pédagogie, l'orientation et le tutorat) et mieux cerner les différents mécanismes intervenant dans la rupture d’un contrat d'apprentissage
  • Adapter et rendre plus orpérationnels nos outils d'étude et d'observation
  • Développer des actions de formation et d'information auprès de l'ensemble des partenaires du champ de formation professionnelle initiale

Résumé de l'étude

«Rapport au savoir et à l'apprendre des apprentis professionnels de niveau V Laboratoire Psychologie du développement et processus de socialisation». Equipe de Psychologie de l'éducation familiale et scolaire et contextes culturels.

Coordonnatrice du projet : Valérie Capdevielle-Mougnibas (capdevie@univ-tlse2.fr)
Etude commanditée par la Chambre Régionale de Métiers et de l'Artisanat Midi-Pyrénées
Co-financement Chambre Régionale de Métiers et de l'Artisanat et Conseil Régional Midi-Pyrénées


Objectif général


Expliquer la genèse des ruptures de contrat d'apprentissage et proposer des dispositifs d'accompagnement et de prévention.



Deux recherches empiriques originales :


Une étude extensive longitudinale comparative auprès de 648 jeunes de niveau V de la région Midi-Pyrénées (184 lycéens professionnels, 464 apprentis salariés, 8 établissements, 8 filières de formation), visant à analyser le rôle du parcours scolaire antérieur, du rapport à l'apprendre, des modalités de l'orientation et du rapport à l'avenir sur la construction des parcours au sein de l'enseignement professionnel.

Une étude qualitative par entretien auprès de 24 dyades apprentis/maîtres d'apprentissage (48 entretiens) afin d'évaluer les enjeux de la socialisation professionnelle soit l'importance de la relation apprenti/maître d'apprentissage et des conditions de travail et de formation au sein de l'entreprise dans la genèse de la rupture de contrat d'apprentissage.


Synthèse des conclusions


1. La rupture de contrat constitue un phénomène généralisé susceptible de concerner tous les apprentis.
Seul le phénomène de la multi-ruptures, très minoritaire (29 apprentis, 7% de l'échantillon), semble corréler à des profils spécifiques où les apprentis en souffrance, apparaissent très en difficulté sur le plan de la socialisation et développent un rapport à l'avenir difficile.

2.
Même si au début de la 2ème année de formation, le taux de rupture est important (31% -140 apprentis) la rupture de contrat d'apprentissage ne doit pas systématiquement être envisagée comme un échec du parcours de formation.
Elle n'aboutit pas forcément à une sortie du système de formation sans qualification sur les 464 apprentis ; 61 (13 %) ont déjà rompu un contrat avant leur inscription et sont donc toujours en formation.
Sur les 170 apprentis (38 %) qui ont connu une rupture soit avant l'entrée en formation, soit avant le début de la 2ème année ; 37 (27 %) obtiendront au final leur diplôme.
Elle peut dans certains cas avoir une valeur de solution pour des apprentis très motivés par leur formation et constituer un outil au service de la réussite du parcours de formation.

3.
Il convient de rompre avec une vision dichotomique du phénomène qui envisage chacun des partenaires (apprenti/maître d'apprentissage/CFA) comme l'unique responsable de la situation. Très peu de situations de rupture peuvent être expliquées à partir de la seule position subjective du jeune ou du maître d'apprentissage.

4.
Elle ne peut être ramenée non plus à une simple difficulté relative à l'orientation (absence de projet professionnel, mauvaise représentation du métier envisagé, etc.) qui joue essentiellement un rôle protecteur vis à vis du phénomène de la multi-rupture.

5. Contrairement au phénomène de l'abandon chez les lycéens, la rupture de contrat d'apprentissage ne relève pas d'un processus de déscolarisation et trouve ses principaux ressorts dans le cadre de la socialisation professionnelle. Elle résulte toujours d'une conjonction entre des conditions objectives relatives au dispositif de formation et des facteurs subjectifs qui concernent l'ensemble des acteurs, apprentis et formateurs. Elle présente ainsi toujours un caractère pluridéterminé.

6. Parmi l'ensemble des facteurs identifiés, le défaut d'organisation pédagogique du cadre de formation offert par l'entreprise, les formes de dominations dont l'apprenti peut faire l'objet au sein de l'entreprise ainsi que le manque ou l'absence de valorisation de l'identité professionnelle de ces apprentis semblent être les dimensions sur lesquelles il paraît déterminant d'agir.