Questions-réponses

La rupture de contrat est-elle liée à une erreur d'orientation ?

La rupture de contrat ne peut être ramenée à une simple difficulté relative à l'orientation (absence de projet professionnel, mauvaise représentation du métier envisagé, etc.).
Il existe une extrême diversité des situations de rupture ainsi que des facteurs qu'elles mettent en jeu. Elle peut résulter de dynamiques très différentes. Hormis les ruptures résultant de difficultés économiques de l'entreprise (fermeture de l'établissement) qui sont à l'origine d'un nombre de ruptures incompressible, l'arrêt prématuré d'un contrat d'apprentissage ne peut être envisagé comme résultant uniquement d'une défaillance de l'un ou l'autre des partenaires impliqués dans la signature d'un contrat d'apprentissage à savoir le jeune, l'entreprise et le CFA.
Ce constat impose de rompre avec une vision dichotomique du phénomène qui pourrait conduire à opposer les responsabilités de chacun. La rupture résulte toujours d'une conjonction de conditions objectives et de facteurs subjectifs et se construisent dans un rapport dialectique entre les caractéristiques des contextes de formation et la relation de sens et de valeur que l'apprenti attribue à sa formation et à l'acte d'apprendre.


La rupture de contrat d'apprentissage est-elle toujours un échec de l'apprentissage ?

Même si au début de la 2ème année de formation, le taux de rupture est important (31 % - 140 apprentis), la rupture de contrat d'apprentissage ne doit pas systématiquement être envisagée comme un échec du parcours de formation.
Elle n'aboutit pas forcément à une sortie du système de formation sans qualification.
Sur les 464 apprentis, 61 (13 %) ont déjà rompu un contrat avant leur inscription et sont donc toujours en formation ;
Sur les 170 apprentis (38 %) qui ont connu une rupture soit avant l'entrée en formation, soit avant le début de la 2ème année, 37 (27 %) obtiendront au final leur diplôme.
Elle peut dans certain cas avoir une valeur de solution pour des apprentis très motivés par leur formation et constituer un outil au service de la réussite du parcours de formation.


La rupture de contrat peut-elle être positive pour l'apprentissage du jeune ?

Nous avons ainsi identifié deux catégories de rupture qui mettent en évidence la valeur de solution de la rupture de contrat. Une première catégorie de rupture nous semble relever d'une dynamique identitaire positive. Elle constitue une stratégie de réajustement visant à permettre aux jeunes de mener leur projet de formation dans les meilleures conditions. Une seconde forme de rupture s'enracine plus clairement dans des motions inconscientes et vise à maintenir les conditions de la subjectivation en permettant à l'apprenti d'échapper à une dévalorisation qui touche à l'être.

  • La rupture de contrat comme stratégie de réajustement identitaire
    Certains jeunes tendent à rompre leur contrat parce que les conditions de formations offertes par leur entreprise ne sont pas propices à la réussite de leur formation. Ils ne remettent pas en cause le fait d'avoir à effectuer ces tâches qui correspondent selon eux à la première étape indispensable à tout apprentissage, ils reprochent simplement à leur employeur de ne pas leur avoir permis de dépasser ce stade. La rupture de contrat s'inscrit dans ce cas de figure dans une démarche active visant à favoriser l'apprentissage du métier.
  • La rupture de contrat comme stratégie de réajustement identitaire
    Les apprentis sont conscients et sensibles à l'effet d'assignation qui leur est imposé par le statut subalterne qui est le leur dans la hiérarchie de l'entreprise où ils se trouvent au niveau le plus bas. Cette place n'est pas véritablement remise en question. Ces jeunes considèrent souvent qu'elle constitue la première étape de leur formation. Ils savent qu'ils doivent commencer par là et ne contestent pas cette réalité. Ils contestent par contre le fait de n'être que cela, de n'avoir que cette fonction dans l'entreprise. Cet effet d'assignation, inévitable, apparaît souvent difficile à supporter. Dans le cas des apprentis en rupture, cette difficulté est souvent redoublée par d'autres formes de dévalorisation tout aussi douloureuses.

Existe-t-il des profils d'apprentis à risque de ruptures ?

La rupture de contrat constitue un phénomène généralisé susceptible de concerner tous les apprentis. Seul le phénomène de la multi ruptures, très minoritaire (29 apprentis, 7% de l'échantillon), semble corréler à des profils spécifiques où les apprentis en souffrance, apparaissent très en difficulté sur le plan de la socialisation et développent un rapport à l'avenir difficile.


La rupture est-elle toujours liée à une absence de motivation des jeunes ?

A l'encontre de tous les stéréotypes véhiculés à leur propos, les apprentis, bien qu'ayant eu une expérience scolaire plus difficile et douloureuse en particulier sur le plan de la socialisation, sont plus mobilisés par l'apprendre. Ils affirment avoir du plaisir à apprendre et inscrivent davantage leur choix de métier dans un registre épistémique. Ces résultats révèlent qu'on aurait tort de confondre le «désamour» des apprentis pour l'école et la forme scolaire soulignés par de nombreux travaux (Moreau, 2003) avec un désinvestissement du registre des apprentissages.


Le maître d'apprentissage joue un rôle prépondérant dans le bon déroulement du contrat

De nombreuses publications consacrées aux formations par alternance s'accordent à souligner l'importance dite « vitale » des périodes en entreprise et soulignent la fonction essentielle des tuteurs qui accueillent les jeunes. Les résultats de l'étude ont montré que les modes d'exercice de la fonction tutorale se caractérisaient par leur extrême diversité, qui couvre un spectre allant des pratiques de discrimination et/ou d'exploitation vis-à-vis de l'apprenti, jusqu'à des positions respectueuses voire protectrices envers le jeune et un souci de la qualité du processus de transmission. Ainsi, le bon déroulement du contrat d'apprentissage dépend pour une part du cadre de formation offert au jeune, mais aussi de la nature des relations qui se nouent entre le jeune et les adultes en charge de sa formation.


Les apprentis sont-ils satisfaits de leur orientation et de l'apprentissage ?

Les résultats font apparaître le choix de l'apprentissage comme une tentative visant à réintroduire du sens dans le parcours de formation, en permettant d'apprendre autrement qu'à l'école. Ainsi, l'orientation vers l'apprentissage considéré comme un choix satisfaisant pour la grande majorité (92%) des apprentis rencontrés, s'étaye sur de forts enjeux de personnalisation. Il ne peut être réduit à une simple rationalisation dans l'après-coup de décisions d'orientation prises à la fin du collège et ne peut être envisagé de manière univoque comme un simple choix par défaut. S'il existe toutefois un groupe d'apprentis pour lesquels l'orientation ne fait pas sens, celui-ci apparaît minoritaire. Au final, l'apprentissage suscite des formes de mobilisations diversifiées qui, s'inscrivant dans logiques subjectives utilitaires ou identitaires, relèvent d'une dynamique positive et d'un fort investissement de la part des apprentis.